Short-cuts (14)

au bout de chaque semaine, ce(ux) que je retiens dans la réalité subjective du monde qui nous entoure

krajem svakog tjedna, ko/čega se sjećam u subjektivnoj stvarnosti svijeta oko nas


semaine du 18 / 4 / 16

"Ce qui m’emmerde le plus c’est la possibilité de choix."

Le ciel est bas. Les tons gris se déversent sur l’horizon et envahissent les plus hautes branches des arbres, encore nues, ou presque. A la lumière tamisée, comme poussiéreuse, la ville se déploie, une ville désaturée, fatiguée. Dans l’air une odeur d’ozone. Ça finira par éclater. Un changement imminent, dans un silence cosmique. Deux oiseaux survolent le lac. Au loin on entend passer le train. Ce n’est que lorsque le ciel est bas que les trains passent à voix haute.

 

La vie matérielle

"J’ai toujours vécu comme si je n’avais aucune possibilité de m’approcher d’un modèle quelconque de l’existence. Je me demande sur quoi se basent les gens pour raconter leur vie. C’est vrai qu’il y a tellement de modèles de récits qui sont faits à partir de celui de la chronologie, des faits extérieurs. On prend ce modèle-là en général. On part du commencement de sa vie et sur les rails des événements, les guerres, les changements d’adresse, les mariages, on descend vers le présent."

En 1987 j’ai deux ans, et Marguerite en a soixante-treize (au final, nous aurons respiré le même air pendant dix ans et demi). Je ne parle pas français, encore, mais j’ai déjà appris toutes les lettres de l’alphabet croate. J’ai des cubes blanches aux lettres bleues, chacun tient à peine dans le creux de ma petite main, et en les alignant je peux former des mots avec. J’écris : mama ou tata, peut-être. Marguerite, quant à elle, a presque terminé d’écrire. Il ne lui reste plus que cinq romans. En 1987 elle parle à Jérôme Beaujour. De sa vie ? Trop prétentieux. De ses amours ? Pareil. Des fragments, de ses souvenirs ? Trop barthésien. Elle n’aime pas l’écriture de Barthes, elle dit. La vie matérielle, ce sont des enluminures, plutôt. Une nuit dans un hôtel au bord de la Loire. La cuisine à Neauphle. Les caresses d’un inconnu dans le train de Bordeaux. Une famille, un été, sous les rails d’un TGV. Le tout avec une délicatesse subjective, la distance est abrogée, nous sommes complices : Marguerite elle aussi fait l’amour et les listes de courses. Dans ces conversations, déjà un choix, choix des thématiques, décontextualisation, comment je me représente, et de ces conversations Marguerite écrit des monologues. Exercice radical : supprimer les questions, abroger les sujets, la chronologie, intérioriser les pensées, se réapproprier son être, revendiquer ses mots, intervenir dans la chair de ses propos, les reformer, les déformer, avoir du temps, de regarder le tout, le temps de l’écrit n’est pas linéaire, se laisser le droit à l’oubli, produire un texte, un Texte, un tEXte… Pour réécrire son histoire, pour se réinventer, pour s’offrir à l’inconnu, à un inconnu, Marguerite, pourquoi supprimes-tu le dialogue ?

Après la fin, ce qui reste, c’est ce qui n’y était plus…


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novi tjedan : 18 / 4 / 16

"Najviše me jebe ta mogućnost izbora."

Nebo je olovno. Sivi tonovi razlijevaju se po horizontu i jezde po najvišim granama još golih stabla. Na prigušenoj, prašnjavoj svjetlosti širi se grad, bezbojan umoran grad. U zraku miris ozona. Još malo pa će grunuti. Promjena se šulja u kozmičkoj tišini. Dvije ptice nadlijeću jezero. U daljini se čuje vlak. Samo kad je nebo olovno vlakovi prolaze naglas.

 

Stvarni život

"Oduvijek sam živjela kao da nemam nikakvu mogućnost približiti se bilo kakvom modelu postojanja. Pitam se na što se oslanjaju ljudi kada pričaju o sebi. Postoji toliko modela priča koje su nastale kronološki, prema činjenicama. Uglavnom se usvaja taj model. Polazi se od početka života te se tragom događaja, ratova, promjena adresa, vjenčanja, dolazi do sadašnjosti."

1987. imam dvije godine, a Marguerite sedamdeset tri (disat ćemo isti zrak deset i pol godina). Još ne govorim francuski, ali već sam naučila sva slova hrvatske abecede. Imam bijele kocke s plavim slovima, svaka mi jedva stane u ručicu, i nižem ih kako bih oblikovala riječi. Pišem: mama ili tata, možda. Marguerite je skoro završila s pisanjem. Još joj ostaje samo pet romana. 1987. priča s Jérômeom Beaujourom. O svom životu ? Previše pretenciozno. O svojim ljubavima ? Isto tako. O fragmentima, o svojim sjećanjima ? Previše barthesovski. Ne voli Barthesovo pisanje, kaže. Ne, Stvarni život su kao srednjovjekovne iluminacije. Jedna noć u hotelu na obali Loire. Kuhinja u Neauphleu. Dodiri neznanca na putu iz Bordeauxa. Mala obitelj, ljeti, pod tračnicama jurećeg vlaka. Sve nacrtano s mnogo subjektivne profinjenosti, udaljenost je poništena, isti smo : Marguerite također vodi ljubav i popise namirnica. U tim razgovorima, već prvi izbor, izbor tema, dekontekstualizacija, kako se predstavljam, a od tih razgovora Marguerite piše monologe. Radikalni zadatak : izbrisati pitanja, ukinuti teme, kronologiju, interiorizirati misli, ukrotiti svoje ja, prisvojiti riječi, umiješati se u srž svog govora, obnoviti ga, izobličiti ga, imati vremena, za povratak na početak, vrijeme pisanje nije linearno, dopustiti si zaborav, stvoriti tekst, Tekst, tEKSt… Ponovno pišeš svoju priču, ponovno se oblikuješ, nudiš se stranom, strancu, no Marguerite, zašto ukidaš dijalog ?

Na kraju, ono što ostaje je ono čega više nema…