Short-cuts (44)

Short-cuts (44)

semaine du 21 / 11 / 16

"Si l’autre n’est pas là, on n’écrit pas"


il est temps pour un peu de déconstruction

bon, il y a ce chien dans les rues d’Orléans

ils ont installé les chalets pour le marché de Noël. ils ont installé le grand manège. ils ont installé les décorations sur les arbres. qui n’ont pas encore perdu leurs feuilles. je trouve ça ridicule

il fait moyennement froid. moyennement mouillé. moyennement moche

ce chien, il a failli se faire écraser par le tramway rue de la République

il a un harnais rouge et une petite étiquette verte avec le nom d’un salon de toilettage. aucun intérêt

avant, peut-être que j’aimais les fêtes

peut-être que j’aimais

ce chien, il est à quelqu’un. qui le cherche. dommage que ça soit moi qui l’ai trouvé et pas ce quelqu’un

je ne savais pas quoi en faire

puis cette nuit j’ai rêvé que tu as acheté deux locaux vides près de la place aux Fleurs.

en ce moment je dors beaucoup. c’est trompeur

j’ai fini Marie D et j’ai repris Marguerite D

deux autres personnes se sont arrêtées pour regarder le chien avec moi. je leur ai dit en somme c’est triste puis bonne soirée. elles m’ont regardée l’air interloqué. elles ont eu peur. de mes mots. de ma voix. on ne peut plus dialoguer. on est des îles. c’est désolant

je ne sais pas ce que veut dire savoir écrire

j’attends

je ne suis pas vraiment chiens

puis je suis pressée. puis j’ai peur. et tant d’autres raisons pratiques objectives et pleines de bon sens

je suis partie

pourvu que… toujours rien

hier au théâtre j’ai failli ne pas m’endormir

il faut que j’arrête de parler, non ?

le soir j’ai pensé à ce chien. puis je l’ai oublié

il était très blanc

très petit

très perdu

je l’ai revu le lendemain rue des Carmes. il était moins blanc

mais vivant

on ira boire du vin chaud, au moins

je pense à cette feuille de ginkgo

je me disais c’est bien il n’est pas mort

et je ne savais toujours pas quoi en faire

et je n’ai rien fait.

au premier étage quelqu'un joue du piano


 
 

novi tjedan : 21 / 11 / 16

"Bez prisutnosti drugog ne pišemo"


vrijeme je za malo dekonstrukcije

postoji taj pas na orleanskim ulicama

postavili su kućice za božićni sajam. postavili su taj veliki kotač. postavili su ukrase po drveću. koje još nije izgubilo lišće. smiješno mi je to

umjereno je hladno. umjereno vlažno. umjereno grdo

taj pas, umalo ga je pregazio tramvaj u Ulici Republike

ima crvenu ogrlicu i zeleni privjesak s imenom beauty salona za pse. nikakve koristi

možda sam voljela sajmove, nekad

možda sam voljela

taj pas je nečiji. netko ga traži. šteta što sam ga ja našla a ne taj netko

nisam znala što bih s njim

a ove sam noći sanjala Cvjetni trg i nas i dva napuštena lokala

ovih dana puno spavam. vrijeme je varljivo

dovršila sam Marie D i vratila se k Marguerite D

još dvije osobe su se zaustavile kako bi sa mnom gledale psa. rekla sam im nešto kao tužno je to i ugodna večer. zaprepašteno su me pogledale. bilo ih je strah. mojih riječi. moga glasa. više ne možemo razgovarati. svi smo postali otoci. to je tako žalosno.

ne znam što znači znati pisati

čekam 

nisam baš tip za pse

uostalom žuri mi se. i strah me. i toliko drugih praktičnih objektivnih i zdravorazumskih razloga

otišla sam

kad bi bar… i dalje ništa

jučer u kazalištu zamalo nisam zaspala

moram prestati govoriti, zar ne ?

navečer sam mislila na tog psa. onda sam ga zaboravila

bio je jako bijel

jako malen

jako izgubljen

sutradan sam ga opet vidjela u Ulici Carmes. bio je manje bijel

ali živ

ići ćemo bar na kuhano vino

mislim na onaj ginkov list

rekla sam si dobro nije mrtav

i dalje nisam znala što bih s njim

i nisam napravila ništa.

na prvom katu netko svira klavir