Sur la beauté

Sur la beauté

Je voudrais te manger.

Je voudrais te manger et que tes jus descendent des coins de mes lèvres vers mon menton cou clavicules coeur seins ventre nombril.

Je voudrais inspirer par la bouche tes formes irrégulières avaler tes couleurs dérober tes bruits et tes odeurs par mes mains que je porterais vers mes yeux.  

Je voudrais emprisonner au plus profond de mon cerveau ta vie extérieure à toute autre vie. Celle qui change avec la lumière et les vents, avec les regards et les états d'âme. Mais tu es trop loin et jamais ne pourrai-je t'avoir en moi.

Je voudrais te comprendre et pour te comprendre il faudrait que je te savoure et pour te savourer il faudrait que je te touche et pour te toucher il faudrait que tu arrêtes de te tortiller dans les espaces vides entre mes doigts : tu me files entre les mains.

Je voudrais te capturer.

Ainsi tu serais mienne et je serais belle.

 
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Rempli de douceur et d'amertume, l'homme parle ainsi devant ce que son âme ne peut comprendre : cette beauté-là, le temps la détient dans une fluctuation constante, impénétrable. Étalée devant le regard de l'homme, déjà elle n'est plus. Comme la lumière des étoiles ... 

 
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(La nostalgie la plus intense ne se produit pas devant ce qui n'est plus, mais en présence de ce qui est, et cessera d'être, dans un avenir imminent. Ainsi se créé le plus dramatique des paradoxes de l'homme : la dévastation du temps qui reste.)