Sur la claustrophobie

Cette nuit cela se passait au Panama. Sept temps d’avance. Il fallait que ça soit loin dans le temps, dans un autre temps, afin que puisse être effacée toute logique de deuil.

Je pense que cela a commencé par le bracelet de perles brisé. Dans une ville au bord de l’océan, au Panama. Il était bleu, comme la mer…

La chaîne a lâché. L’immobilité de la stupeur, un temps, deux temps, avant l’explosion.

Il ne reste que le bruit cristallin des perles éclatées sur le parquet.

Les traces. Engrenage. Message subliminal d’une séparation.

Celle avec soi-même. Car il s’agit toujours de soi-même.

 
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Aux autres, parmi de multiples possibles, on prête : mots, tracés.

A soi, on garde ce qui lie : mer, la nuit.

(Un jour, on récupère. Le tout.)

L’éclatement de perles sur le parquet a provoqué un vif sentiment d’abandon. Au Panama, dans une ville au bord de l’océan, pieds nus sur le sol d’une chambre qui n’était pas la mienne, j’étais seule.

Paralysie soudaine : cette liberté était funèbre. Pour survivre, il a fallu anesthésier les yeux, les lèvres et les mains. Dans ce calme plat, les fantômes ne seront que réminiscences, visages d’enfants, anonymes et vieux, déjà morts. Et puis, je me réveillerai. Loin du Panama.

 
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(Cette claustrophobie, ce n’est pas l’espace qui la compose mais le temps. La peur de ne l’avoir vu passer que lorsqu’il ne sera plus. De n’avoir appris à vivre que lorsqu’il sera temps de mourir.)