Sur la mélancolie

Mélancolie : peur du temps qui passe trop vite ou ne passe plus.

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La tienne :

Un rayon doré et poussiéreux. C'est le soleil qui se jette sur toi à onze heures dix alors que tu dors pour la deuxième fois. La chambre sent la lessive. Dans ton thé, maintenant froid, trempent les miettes de ton petit-déjeuner. Hier tu as mis du vernis rouge sur tes ongles des pieds (tu es élastique). Le flacon de ton N°5 est vide. La prochaine fois, il faut que je pense à t'en racheter. Tu ne me parles plus de ton enfance. Tes amis sont morts et tes souvenirs sont sombres et épais. Dimanche nous sommes sorties jusqu'au parc et tu as accepté que je te prenne en photo. Tu penses qu'on ne mange pas assez. Tu es rongée par l'obsession du manque. Maintenant, tu dors sur le côté droit et tu as mis un bras sous la tête. Tu es immobile. Tu es belle. Il n'y a que ton oeil gauche, entrouvert, qui regarde vers le vide.

 
 

La mienne :

Un rayon doré et poussiéreux. C'est le soleil qui se jette sur moi à onze heures dix alors que je murmure parmi les vapeurs du vinaigre et des cristaux de soude. Ma tasse est vide et j'ai encore soif. Je me suis arrêtée. Je n'aime pas m'arrêter. Je ne sais pas m'arrêter. Ma peau est déjà hâlée mais mon corps est lourd. Je cherche un moyen de me perdre (la prochaine fois, il faut que j'anticipe). Je ne suis pas tranquille dans la tranquillité des jours d'été. Lorsque le temps s'arrête, le temps devient long. Le monde. Les lieux. Les odeurs. La musique. J'efface les automatismes et je retiens mon souffle jusqu'à ce que le monde commence à tourner. Alors, je pourrai remonter à la surface. Maintenant, la platitude de l'existence se greffe encore sur le mécanisme de mes regards. Il n'y a que mon oeil gauche, entrouvert, qui regarde vers l'avenir.

 
 

La nôtre :

Tu ne me comprends plus.

Je ne te comprends plus.