Sur le clair-obscur

Sur le clair-obscur

Peut-être

ne sais-je plus écrire des mots qui résonnent.

Au bord de la RN20 dans la jungle grise de la ville près du pont pousse un cognassier. Ses fruits sont fripés et fragiles. Ils sentent ... la musique tzigane, les tilleuls, ma grand-mère et un parc derrière les barreaux. Dans les chambres de bonne les fils de brouillard se faufilent entre les draps humides avant l'aube, et une épaisse lumière bleue scintille dans le noir paralysant le sommeil. Sur les chemins tracés par les pas perdus, loin de la route, des femmes voilées ramassent les châtaignes. Les carcasses d'automobiles brûlées reposent sur le bas-côté dégageant une odeur sucrée et franchement plaisante.

Ainsi est

encore un automne qui augmente ma collection d'automnes (rouge. pommes. boue. brouillard. partons. etc.). Il égorge avec beaucoup de tendresse. Je ne t'aime guère mieux, automne, cette fois-ci. Toutefois ... tu sens bon la terre humide, la grenade, le chocolat noir et l'encre de Chine. Ne te déplaise, je te lance alors un sourire espiègle.

 
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Peut-être

ne sais-je plus lire des mots qui se taisent.

Sens-tu la lourdeur de chaque lettre dans chaque mot et celle des points d'interrogation qui séparent les phrases, vois-tu le temps qui coule dans la couleur des érables, dans le mouvement de la lune et les tremblements des étoiles, devines-tu la force qui se crée dans les lieux secrets de ton âme pendant que tu t'oublies parmi les sourires étranges et singuliers, reconnais-tu la bonté des temps morts, la luminescence des zones d'abandon, l'importance de l'analogie de tous les nouveaux matins, explores-tu la variation cyclique dans la forme des cicatrices, l'usure des os, le frémissement du sang et la montée du désir, 

sais-tu lire des mots qui se taisent?

Oui mon cœur maintenant je le sais.

 
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