Sur le rêve

Une nuit d'été et son rêve :

Nous étions dans le train, toi et moi. Dans le train, l'image est toujours la même : nous nous agitons, dans le temps, comme toujours lorsque nous sommes ensemble, comme toujours car nous sommes toujours ensemble et le temps nous suit. Le train est ensoleillé. Par de grandes baies vitrées le soleil éclabousse les draps froissés sur les deux couchettes supérieures. Aucun bruit. Apesanteur. Petites particules de poussière scintillent dans le vide. L'image d'après la fin du monde. Je te regarde. Tu me regardes. Nous regardons le monde filer sous nos yeux à travers deux prismes en cristal. C'est un monde grand, haut, solide, inconnu, un monde en brique rouge qui brille au soleil. C'est un nouveau monde.

 
 

J'oublie. Que dis-tu? Le train accélère. Il n'y a plus personne. Le motif : lumière, et absence de bruit. Nous écoutons l'aphasie du monde dans une succession de cadres vides. Deux bâtiments en brique rouge passent. Balcons au fer forgé. Les fenêtres sont ouvertes. Le train accélère. Aucun mouvement d'air. Tout est simple. Nous sommes ici. Nous observons le monde parmi les particules de la poussière ambrée, dans l'apesanteur. Avec le temps ou dans le temps. Jamais hors le temps, jamais. Nous sommes là : tu disparais, je disparais. Il reste nos yeux qui regardent par les fenêtres. Tout est normal. Tout est en ordre.

Mais ce monde, entier, fut à l'envers...