Sur le vide

L'image que tu n'as pas vue :

De cette agressivité captivante du vide chargé de tes paroles émergent soudainement les roses dans le lit du fleuve. Paupières immobiles, lorsque le temps s'arrête, je contemple des roses blanches enterrées dans une eau noire et opaque qui fuit vers l'ouest, vers le large illuminé éternellement par un quelconque soleil. Elles disparaissent. Je disparais. Tout va trop vite.

(Ne me dis pas que tu ne partages pas le même désir. Sautons dans le vide.)

L'image que je n'ai pas vue :

Je saute dans l'eau visqueuse et opaque. Attirée par la force gravitationnelle de la terre, je suis en chute libre et mon corps est lourd. La violence de l'air contre ma peau balaie les derniers vestiges de l'indécision. Curieux, non? Une fois de plus, le fleuve accueillera mes atomes éparpillés. Une fois de plus, les roses blanches seront en fleurs.

 
 

Fragments :

la fausse violence des images / tu ne crois pas en mes allégories. je ne crois pas en tes allégories / lenteur. torpeur. apesanteur (les mots abstraits en -eur sont féminins) / le vide est mon lieu sûr. le vide est ta hantise / qui serons-nous lorsque nous ne serons plus rien? / la nuit je rêve des eaux salées / à rien / les lieux ou les hommes? / une pression en bas du ventre / se méfier de ses désirs? / encore une fille / mutique : "qui ne parle plus (par choix ou par incapacité)" / n'imite pas / la peur de la chute empêche-t-elle éternellement la chute? / etc ...

 
 

Le vide : tout ce qui traverse les poumons, la gorge, les dents, les lèvres, tout ce qui sort de la bouche dans un acte créateur qui ne vaut rien par rapport à la vie. J'écris, j'expérimente des phantasmes qui se nichent dans l'inconscient (paupières. toujours) par peur de respirer parmi les roses blanches dans le lit du fleuve, sous l'eau.