Sur l'oubli

Celui qui rompt avec la linéarité des choses.

Je me réveille dans le noir, un noir fin et presque transparent, presque gris et laiteux sur les extrémités de la toile tendue de l'insomnie, sous les trois fentes : à droite, derrière et à gauche. Je me réveille et ce noir blanchâtre est infiniment plus perfide et infiniment plus sinistre qu'un noir résineux, un noir noir. Le bruit sourd de la vie de la ville résonne cruellement et en boucle et rebondit sur le mur, le mur, le mur. Mes lèvres sont desséchées par les murmures nocturnes et je suis seule et j'ignore les trajectoires alternatives des visages et j'ignore la pesanteur de la peau sur les os. Je ferme les yeux et mes pensées sont des oranges amères qui noircissent et se rident au soleil. J'attends que quelque chose se passe.

 
 

Celui qui trouble la matérialité des images.

Alors, il se passe un éclair. Des mots surgissent des fonds des trous de la mémoire aveugle. Au-delà de la membrane laiteuse et noire flottent dans le vide sept étoiles. Une, deux phrases. Le début d'une histoire avant le moment de l'inattention : les yeux s'ouvrent. Cela fut bref.

Je sens alors la mer derrière les murs et je vois alors l'écume des mots disparus, des mots désormais méconnus. Je plonge. J'ai du sel dans les narines et je suis absente. Je suis toujours absente.

La chambre sent l'acide et l'oubli.

 
 

Écriture courante (M. D.) :

"... une écriture presque distraite qui court, qui est plus pressée d'attraper les choses que de les dire ..."