Nina RendulicComment

Radovan Ivšić and "The forest unbowed"

Nina RendulicComment
Radovan Ivšić and "The forest unbowed"

Eto. Zagreb me još jednom uspio uvući u kovitlac susreta, pločnika, pročelja, pogleda. Još jednom osjećam specifičnu live nostalgiju one koja je i nije negdje, negdje drugdje - jer zgrade rastu, godišnja doba nestaju, lice grada se mijenja, on stari i pomlađuje se a ja vidim te promjene jer ga ne vidim često.

Hodam sama. Hodam mjestima kojima smo nekad prolazili. Testiram novi fotoaparat. Ponekad ne dižem pogled, šteta. Švercam se u tramvajima, ali samo malo. Pijem bijelo vino. Mislim da nikad u Zagrebu nisam pila bijelo vino.

Bila sam u MSU-u (betonsko-stakleno-čelična hladnoća specifična za muzeje suvremene umjetnosti / premalo šarenih neona / (ne)dovoljno posjetitelja?) na izložbi "Nepokorena šuma i Radovan Ivšić". U mislima u 2008. Tada smo postavili "Kralja Gordogana" na francuskom, zadnju izvedbu za života gospodina Ivšića (sjećam se bili smo kod njih u stanu kod Vlaške - Annie Le Brun je nosila ljubičastu bou - jesmo li pili čaj ili sam to izmislila? - premalo vidim Sylvaina). Ja sam glumila Blanche, princezu. Umotana u bijeli til. Kružili smo po Balkanu, spavali u šatorima u napuštenim zgradama igrali u crkvi pili pelin i bosansku kavu šminkali se smijali se (Split!) zajedno dovodili u život taj divni ludi tekst. Snimila sam video. U šumi. Ne znam gdje je, možda ga Sylvain ima. Estetika Sylvainove režije zrcalila se u današnjoj nepokorenoj šumi : u kolažima Toyen, u fašničkim maskama, u vlazi, blatu, gustom zelenom lišću i očima koje vire iz mraka. Živjela sam izložbu do srži do 2008 do nas desetak koji smo oživjeli pa onda ubili kralja, Blanche, seljake, ludu, i šumu, šumu koja nestaje u pokretima sjekire, tsaf, tsaf, tsaf...



Voilà. Zagreb a encore une fois réussi à m’aspirer dans le tourbillon des rencontres pavés façades regards. Encore une fois je ressens cette nostalgie en direct si spécifique, ce celle qui est et n’est pas quelque part, ailleurs – car les bâtiments croissent, les saisons disparaissent, le visage de la ville change, il vieillit et rajeunit et moi je vois ces changements car je ne le vois pas souvent.

Je marche seule. Je traverse les chemins qu’on empruntait autrefois. Je teste le nouvel appareil photo. Parfois je ne lève pas le regard, dommage. Je fraude dans les transports en commun, mais seulement parfois. Je bois du vin blanc. Il me semble que je n’ai jamais fait ça à Zagreb.

Je suis allée au Musée d’art moderne (la construction en béton – verre – acier si propre aux musées d’art moderne / pas assez de néons en couleur / (pas) assez de visiteurs ?) pour voir l’exposition « La forêt insoumise et Radovan Ivsic ». En 2008 dans mes pensées. Nous avons monté « Le roi Gordogane » en français, les derniers à l’avoir fait du vivant de Monsieur Ivsic (je me souviens on est allé chez eux – Annie Le Brun portait un boa mauve – avons-nous bu du thé ou l’avais-je imaginé ? – je ne vois pas Sylvain assez souvent). Je jouais Blanche, la princesse. Enveloppée dans du tulle blanc. Nous traversions les Balkans nous dormions sous les tentes ou dans des bâtiments abandonnés nous jouions dans une église buvions du pelin et du café bosniaque nous nous maquillions nous riions (Split !) nous mettions au monde ensemble ce texte, formidable et fou. J’avais fait une vidéo. Dans la forêt. Je ne sais pas, peut-être Sylvain l’a toujours. L’esthétique de la mise en scène de Sylvain se reflétait aujourd’hui dans cette forêt insoumise : dans les collages de Toyen, les masques carnavalesques, le moisi, la boue, les feuilles vertes épaisses et les yeux qui guettent du noir. Je vivais cette exposition jusqu’aux os jusqu’en 2008 jusqu’à nous dix qui avions mis au monde puis tué le roi, Blanche, les paysans, le fou, et la forêt, cette forêt qui disparaît dans les mouvements de la hache, tsaf, tsaf, tsaf…

 

** Radovan Ivsic est un poète et dramaturge surréaliste croate, exilé à Paris en 1954.

(click sur https://fr.wikipedia.org/wiki/Radovan_Iv%C5%A1i%C4%87 )