Charlotte de Maupeou expose à Orléans : des toiles en liesse

De la réinterprétation des maîtres aux paysages sarthois, des autoportraits monumentaux aux fleurs en explosion, Charlotte de Maupeou s'expose avec une centaine d'oeuvres jusqu'au 26 août à la Collégiale Saint-Pierre-le-Puellier à Orléans. À la surface, De Maupeou, d'une insolence punk, joue avec les codes classiques, revisite avec fraîcheur, bricole avec la matière et les textures. Plus loin, elle entre en profondeur de ce qu'elle regarde, et par des gestes forts fait ressortir, en couleurs, en mouvement, l'âme de ses sujets. Une découverte jubilatoire.

 
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Les classiques, entre le punk et l'inconscient

Il faut, avant tout, beaucoup de technique et de patience, d'audace et d'humilité, d'imagination et de maîtrise, pour oser défier les classiques et en faire de sa réinterprétation des oeuvres d'art. Charlotte de Maupeou, diplômée des Beaux-Arts de Paris et de Royal College of Art de Londres, rend hommage à ceux qui l'ont inspirée tout au long de son parcours d'artiste : un Déjeuner sur l'herbe de proportions monumentales, peint sur toile de jute et posé à même le sol, les figures féminines de Vermeer et de La Tour prêtes à sortir des frontières de leur cadre, une Olympia déclinée en plusieurs versions, collage de carton, coups de pinceau, extraits de journaux, couleurs fluo, et enfin l'un des sujets de prédilection de cette ancienne pensionnaire de la Casa Vélasquez de Madrid, les infantes, qu'elle peint, découpe, colle, rassemble, sculpte, dont elle fait des masques et qui se font actrices d'un théâtre de vie offrant un regard bienveillant sur l'enfance, le jeu et les figures féminines.

 
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Plutôt qu'un regard nostalgique en arrière, les réinterprétations de Charlotte de Maupeou s'inscrivent dans une démarche de reconstruction subjective : recréer l'image familière à partir de détails qui retiennent l'oeil, son oeil, la lumière qui se pose sur le visage de la femme empruntée à de La Tour, les courbes en mouvement de Manet, la force et fragilité de jeunes filles de Vélasquez, ce sont autant de leitmotivs que Charlotte de Maupeou retient avant de les agrandir, multiplier, affirmer. Ainsi, ses oeuvres deviennent bien plus qu'un hommage aux grands maîtres, elles sont des miroirs surréels d'une peinture vivante, et qui nous regarde : un regard vers l'avant, et un acte créateur, qui questionne le subjectif, le personnel, l'inconscient.

 
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Les (auto)portraits sans concession

Si la représentation de la femme en général s'inscrit au coeur des recherches artistiques de Charlotte de Maupeou, une autre recherche, plus personnelle, plus intime, dévoile ce qui pourrait, à terme, figurer comme la plus grande force de son oeuvre : les autoportraits. Poser un regard sur soi, c'est poser un regard sur le monde, aussi, et par ce geste fort, laisser autrui à s'immiscer dans une part de soi.

 
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Les autoportraits de Charlotte de Maupeou, de (très) grands formats, font parfois penser aux portraits de Francis Bacon : les corps incurvés, étirés par-ci, comprimés par-là, souvent peints en contre-plongée, montrant une femme au regard fuyant, pas mystérieux, mais plutôt inaccessible, ou détaché, une femme-sujet, qui s'agite, ou qui rêve, dans des instants banals du quotidien, avec un livre, une chemise paysanne à carreaux, sur une chaise de bureau, devant un tableau de vache et un miroir, peut-être. Le regard de Charlotte de Maupeou sur elle-même va bien au-delà du corps, de ses traces, de ses courbes : de la profondeur de l'être qu'il dépeint il fait ressortir son histoire, son punctum, ce qui le déconstruit et le construit, ce qu'il est, non pas pour ceux qui le regardent, mais pour celle qui l'a observé de l'intérieur. Ainsi, de cet entrelacement de regards - ceux de l'artiste (sur soi, en soi), ceux des oeuvres (sur l'artiste), et ceux du public (sur des oeuvres), émerge une dynamique constitutive de l'art et de la vie, un questionnement incessant : comment peut-on capter, représenter ce qui nous est le plus proche, et ce qui, pourtant, nous file entre les doigts...son regard ?

 
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La nature, en toile de fond

Toujours, la nature... Loin du bitume, du bruit, de l'effervescence nerveuse des grandes villes, Charlotte de Maupeou vit et crée dans un village sarthois de 600 habitants. Un retour à l'essentiel, peut-être, et qui dans ses toiles transporte une joie de vivre, et une simplicité existentielle. Plus encore que ses pétillantes et monumentales représentations de fleurs, une autre nature est saisissante dans l'oeuvre de Charlotte de Maupeau : son chien, ses champs de blé rouges, ses plans d'eau, ses ciels éclatants bleus et corail, ses nuages purs, ce qui l'entoure et qu'elle peint avec une énergie calme et jubilatoire. Une ode à la vie simple, celle aux couleurs vives et motifs banals mais qui cristallisent en eux cet enracinement qui sent bon le foin, la terre, le fromage et le vin rouge...

Enfin, Charlotte de Maupeau est une artiste qui dépeint merveilleusement la vie, telle qu'elle est : débordante et lumineuse, imparfaite et banale, mais tellement précieuse, car tellement nôtre.

 
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Charlotte de Maupeou, artiste peintre

Exposition du 9 juin au 26 août 2018

Collégiale Saint-Pierre-le-Puellier, 45 000 Orléans

http://www.charlottedemaupeou.com/