Isabelle Salvado à la galerie Booz Art de Beaugency : des rêves dorés

Isabelle Salvado à la galerie Booz Art de Beaugency : des rêves dorés

Les peintures d'Isabelle Salvado, présentées à la galerie Booz Art à Beaugency jusqu'au 31 décembre 2017, évoquent des traces, des réminiscences de ce qu'on aurait pu voir, entendre, ressentir, des coups d'oeil fugaces sur les luminescences de l'eau, du soleil, de l'air. Il y a ici, tracées au pinceau, des histoires anonymes, des vues, intérieures et extérieures, et un air inconsciemment familier. Une belle première exposition pour cette peintre qui dévoile ici une partie de son cheminement artistique.

 
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Initiée à la peinture il y a une dizaine d'années - une évidence, dit-elle, Isabelle Salvado affiche un attachement particulier pour une expression expérimentale, celle qui est toujours en quête de motifs dans la mémoire de ses yeux et de ses doigts dans le temps. Ainsi, la peinture, c'est une autre façon de s'observer observant le monde... Dans le texte introduisant son exposition, l'artiste l'explique :

Chacun a son motif, son dessin à lui seul. Il faut parfois en dénouer les fils. Chercher. Se souvenir. Oublier. S'extraire du dessin mélodique, de l'empreinte colorée perçue par le regard. Agrandir ou rétrécir l'espace en formes, à ses formes, là où la pensée dessine, colore, impressionne.

Le cheminement des sens

Dans cette petite galerie au coeur de Beaugency, pittoresque ville au bord de Loire à une trentaine de kilomètres d'Orléans, les peintures d'Isabelle Salvado côtoient les plantes vertes et les installations et sculptures d'autres artistes : un mélange hétéroclite qui manque parfois d'harmonie mais traduit tout de même une accessibilité de l'espace de la galerie, pensée en ouverture vers une pluralité d'approches artistiques. Isabelle Salvado se présente ici avec une trentaine de toiles, aquarelles et acryliques, en moindre mesure figuratives. Ce qui unit ses oeuvres, c'est une douceur et luminosité de tons, des transparences, des passages presque imperceptibles entre les couleurs, un toucher très délicat et qui dépeint aussi bien les quelques scènes de ville, aux ondulations expressionnistes, que des lieux d'une mémoire inconsciente où les couleurs et les formes s'entrelacent, se fondent.

 
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Des rêves dorés

Parmi les oeuvres exposées, une série me happe et me parle, en réveillant dans mes yeux les images d'un autre temps : cinq peintures carrées, 30x30 cm, des paysages de pensée aux traits courts, rapides, du pointillisme, presque, aux tons froids, du vert, surtout, du glauque vénitien, aussi, du bleu, du rouge, et - émerveillement - du doré. Il y a ici quelque chose de turnerien, une vision au-delà de la brume, réinterprétée par chaque nouveau regard. Ces petits paysages sont de larges champs du possible, où se mêlent notre regard sur le monde et celui de l'artiste.

Des regards, des rêves dorés, enfin, les taches d'or posées sur ces paysages imaginaires brillent comme des fragments de souvenirs d'une enfance enfouie, et je ne peux pas ne pas penser au kintsugi, technique artistique et approche philosophique japonaise : réparer ce qui est cassé par de la poudre d'or, réinventer, avec douceur et bienveillance, les cassures, mettre en valeur les imperfections, ne pas les cacher, ne pas avoir peur...

 
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Enfin, une première exposition dans la galerie d'une petite ville est aussi une piqûre de rappel : il faut parler de l'art, de l'art dans sa pluralité d'approches et son hétérogénéité d'auteurs, il faut sortir les regards et la parole sur l'art des cages dorées de grands lieux, des cercles clos de grands noms, il faut arrêter avec un élitisme précieux et nocif.

Oui à l'art qui commence, qui se développe, qui grandit, oui à l'art dans de petits espaces, à l'art anonyme, ou presque, à l'art qui touche, qui émerveille, qui rend heureux, oui à l'art qui restaure ce monde ... avec de la poudre d'or.