Le Démon du passage / A Magnetic space
 
 

Un cerisier blanc à l’angle de la Rue du Bourdon Blanc. Dans l’air, une odeur de fleurs. Une lumière de crépuscule, parsemée de cyan. Devant le Centre Chorégraphique National d’Orléans, vendredi 10 mars peu avant 19h, de jeunes gens fument et sourient. Ils parlent art et cinéma. Les jours s’étirent.

Au CCNO, Le Démon du passage / A Magnetic space, une soirée croisée vernissage-performance, annonçant l’exposition autour de l’œuvre de Pierre Coulibeuf, cinéaste et plasticien réalisant des fictions expérimentales en 35mm. Neuf grands formats accueillent les visiteurs dans l’Espace 37 : cinq affiches et quatre photographies, tirées du court-métrage Le Démon du passage, projeté en boucle sur un mur de la pièce. C’est un film qui dérange. Il se passe quelque chose parmi les arbres…une succession d’images mentales…regards…mouvements…femmes et hommes qui marchent d’un pas décidé, sur des plans de plus en plus courts, coupés, inachevés, vers une collision, une étreinte, vers la résolution d’une énigme, qui restera opaque. A partir de ces images en mouvement, Coulibeuf tire des planches fixes, aux couleurs saturées d’un 35mm argentique. Les regards, les postures, immobiles, capturés pour l’éternité, révèlent le vrai démon du passage : cette ambigüité entre les visions et leur représentation, entre l’idée et son image.

 
 

La superposition de plans narratifs décontextualisés, qu’ils soient fixes ou en mouvement, se poursuit sur les planches du grand studio : Benoît Lachambre, chorégraphe et performateur canadien dont la pratique artistique implique un « hyperéveil des sens », propose une performance chorégraphique in situ, A Magnetic space. Parallèlement à la projection du court-métrage de Pierre Coulibeuf A Magnetic cinema, Lachambre présente une intervention corpo-réelle dans l’espace réduit autour de l’écran, une danse qui accompagne les images en mouvement, un jeu de perspectives. Ses gestes sont précis et fluides : il est dans le film, au-dessus du film, à côté du film, il est le film. A Magnetic cinema, succession de tableaux vivants, de contrastes, nous donne à voir la nature cyclique des forces de la vie : parmi les vagues, la pluie, les feuillages, évoluent les hommes, qui partagent un langage du corps en un mouvement obsessionnel. Les forces obscures de la nature se reflètent dans l’interaction entre les images sur l’écran et la performance de Lachambre. Une transposition, un passage…

 
 

Après deux cycles de performance, les lumières s’éteignent. Dans le silence des images mentales on pense encore aux corps en mouvement et à leurs représentations. Je parle alors avec Pierre Coulibeuf. De Venise dans l’œil de celui qui regarde. Des vents et marées. Des feuilles gigantesques à la pointe extrême de la Bretagne. De Marina Abramović en Catherine Deneuve. De la profondeur et la rareté du regard argentique. Imperceptiblement l’espace se vide et les neuf grands portraits, femmes et hommes anonymes, seront bientôt plongés dans l’obscurité. L’art déborde des murs du CCNO, habite les yeux et les bouches des visiteurs, une nuit de printemps où les mouvements sont lents et révélateurs, et les silhouettes, sous les lumières de la ville, granuleuses, saturées et profondes…comme dans les films de Coulibeuf.

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Le Démon du passage

Exposition du 10 au 30 mars 2017

Centre Chorégraphique National d’Orléans

www.ccn-orleans.com